A Mayotte, 66% des coraux sont morts et les mangroves ont subi une défoliation de 80%, après le passage du cyclone Chido, en décembre 2024. En raison de ces destructions, un vaste programme de restauration du lagon et des écosystèmes côtiers sera lancé en 2027.
Les récifs coralliens de Mayotte (342 km2), les herbiers marins (7,6 km2) et les mangroves (8,5 km2) fournissent d’importants services écosystémiques, dont les plus importants sont la protection du littoral, la production de biomasse de poisson, la séquestration du carbone et la purification de l’eau.
« Le cyclone Chido (en décembre 2024), couplé au phénomène de blanchissement qui l’a précédé, a entraîné une mortalité des coraux de 66%. Dans le même temps, les mangroves ont subi une défoliation estimée à 80%, et de nombreux palétuviers ont été déracinés », a indiqué le parc naturel marin de Mayotte.
Le parc naturel marin de Mayotte a indiqué qu’une « quantité importante de macrodéchets – notamment des tôles, containers et épaves de bateaux – dans les fonds marins et les zones côtières, accentuant la dégradation des habitats ».
La pollution générée par l’afflux de déchets et l’érosion des sols, qui impactent la qualité des eaux du lagon. « Une augmentation de la turbidité et une sédimentation excessive peuvent par ailleurs empêcher la régénération des coraux et nuire aux herbiers, des habitats indispensables aux tortues et aux dugongs », poursuit le parc naturel marin.
Dans ce contexte, l’agence française de développement (AFD), le ministère des Outre-mer, la Fondation Aga Khan et l’Ismaïli Imamat lancent un partenariat inédit pour protéger le lagon, restaurer les écosystèmes côtiers et renforcer la résilience des populations face aux défis environnementaux. « L’objectif est de soutenir une gestion plus durable de ce patrimoine à travers une approche intégrée reliant espaces marins, littoraux et terrestres. Il s’agit ainsi de renforcer le ‘continuum terre-mer’ », a écrit l’AFD dans une note.
8,5 millions d’euros sont apportés par la Fondation Aga Khan pour cette première phase du projet, dont le lancement est envisagé début 2027, et devrait prendre fin en 2030. Cette somme va financer divers projets comme « la restauration des mangroves, l’amélioration de la qualité des eaux littorales, le développement d’une pêche durable ainsi que l’adaptation des pratiques agroécologiques », a souligné un communiqué du ministère des Outre-mer. « L’objectif est de renforcer la résilience du territoire face aux défis environnementaux et de restaurer durablement la richesse exceptionnelle de sa biodiversité. »
Interrogé par Ouest-France, Romain Chabrol, directeur adjoint de l’AFD à Mayotte, a indiqué qu’ »après la catastrophe naturelle, nous avons reçu un certain nombre de propositions d’aides de la part des partenaires de la France, et notamment de la fondation Aga Khan, avec qui nous travaillons régulièrement. Et pour nous, la restauration du littoral apparaît comme une priorité ».
Jérémy Amiot, responsable du conservatoire du littoral à Mayotte, a aussi souligné que cette enveloppe budgétaire vise à « protéger et restaurer les mangroves et arrières mangroves les plus impactées par Chido », car « ces fonds vont nous permettre de réaliser plusieurs études afin de mieux définir les actions de restauration à mettre en place mais aussi de supprimer les pressions empêchant la renaturation de ces écosystèmes tels que les déchets et les autres sources de pollution. Enfin, nous envisageons de replanter si c’est nécessaire ».
Mais pour cela il faut « mieux mesurer la qualité de l’eau, identifier les sources de pollution afin de les réduire à terre et renforcer le continuum terre-mer« , a indiqué le directeur adjoint de l’AFD à Mayotte. Il s’agira également de faire évoluer les pratiques agricoles. « L’idée est de favoriser les pratiques anti-érosives et la reforestation du couvert végétal et ainsi limiter l’érosion, la pollution des sols et de l’eau« , selon Romain Chabrol. Car à Mayotte, près de 20 000 tonnes de terre seraient déversées dans le lagon, tous les ans, selon le projet Leselam (lutte contre l’érosion des sols et l’envasement du lagon à Mayotte), et envaseraient les coraux.
Mayotte est considéré comme « l’un des cinq points chauds français de la biodiversité mondiale », car « l’île a la particularité d’être entourée d’une vaste barrière de corail qui est à l’origine du complexe récifo-lagonaire le plus vaste de la partie occidentale de l’océan Indien : 1 100 km2 et 40 mètres de profondeur en moyenne », a souligné l’AFD.
Au terme de ce programme, l’ensemble des acteurs souhaite « réunir les conditions permettant le classement de la double barrière de corail de Mayotte au patrimoine mondial de l’Unesco ».















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