Adopté par le Sénat dans le cadre du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, l’amendement n°604 sur l’abattage de chiens errants et divagants concerne la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte est vivement dénoncé par les associations.
Le texte de loi dit : « …. – En Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, si à l’issue d’opérations de capture de chiens errants et divagants (…), il est constaté sur le territoire d’une commune la persistance d’attaques contre les animaux domestiques ou les personnes, le préfet peut, par arrêté motivé, ordonner pour une durée maximale de deux mois sur le territoire de cette commune et de celles adjacentes, des opérations de destruction de ces chiens par les agents de la force publique, les lieutenants de louveterie, les agents assermentés chargés de la police de la chasse, ou toute personne titulaire d’un permis de chasser requises par le préfet.
Ces opérations ne peuvent être réalisées qu’après information préalable des habitants de la ou des communes concernées par tout moyen, dans un délai qui ne peut être inférieur à trois jours francs. »
Cet amendement des sénateurs socialistes, écologistes et républicains (SER) vise selon l’amendement « à doter les préfets des départements et régions d’outre-mer des outils législatifs nécessaires pour répondre efficacement à la crise de la prédation canine sur les troupeaux ».
Or cette mesure « de toute évidence, ne permettrait pas de résoudre la problématique de la gestion des animaux errants », selon la Fondation 30 Millions d’Amis. « L’abattage ponctuel de chiens rencontrés en divagation ne permet pas de traiter les causes profondes du phénomène, à savoir l’absence d’identification, le défaut de stérilisation et l’irresponsabilité de certains détenteurs », a indiqué Reha Hutin, Présidente de la Fondation, dans un courrier adressé à chaque député membre de la Commission mixte paritaire (CMP) qui vont débattre du texte.
La fondation souhaite « s’intéresser aux causes de l’errance animale », car l’errance animale s’explique principalement par « des abandons sauvages, du défaut d’identification, de l’insuffisance de la stérilisation, de la divagation d’animaux et du manque de moyens consacrés à la prévention et à la sensibilisation des populations ».
Les associations de protection des animaux domestiques de Martinique dénoncent un « mépris de toute logique, à la veille des grandes vacances, période d’abandons massifs », selon le communiqué de la Fondation. Cette dernière a souligné que « les 3 000 chiens en moyenne tués chaque année à la fourrière de Martinique n’ont pas empêché leur renouvellement régulier sur le territoire ».
Les associations demandent la stérilisation massive des animaux domestiques « avec la collaboration des vétérinaires », le développement de refuges, ainsi que des réelles sanctions envers les élevages clandestins et envers les maîtres d’animaux responsables d’abandon.
« C’est tellement plus simple de s’attaquer aux animaux qui n’ont rien demandé, que de responsabiliser les potentiels électeurs », a dénoncé le collectif Chiens et Chats Martinique. Le collectif précise dans sa pétition « Contre la loi votée au Sénat autorisant les chasseurs des territoires d’outre-mer à tuer les chiens errants », qu’« au mépris de toute logique, à la veille des grandes vacances, période d’abandons massifs, les chiens errants et divagants sont tous à abattre ».
Ce dernier dénonce le mépris de l’Etat vis-à-vis de l’action quotidienne des associations qui, « bénévolement, sans ressources publiques récupèrent ces animaux abandonnés en souffrance et les sécurisent ». Le mépris des éleveurs caprins, ovins et bovins qui « demandent la diminution des chiens errants et divagants attaquant les troupeaux, alors qu’il a été prouvé que les tuer n’est pas une solution efficace. Le mépris de la survie du « chien Fer », race endémique martiniquaise ayant déjà disparu en Guadeloupe. Et enfin, ils dénonce le mépris vis-à-vis de la sécurité des citoyens des DOM, car « les chiens errants ne vivent pas dans des forêts domaniales réservées aux chasseurs, mais partout sur le territoire, d’où le risque important de balles perdues ».
De son côté, l’Association Argos42 a lancé une pétition en ligne, intitulé « NON à la mise à mort des chiens errants dans les DOM français », qui dénonce « l’irresponsabilité humaine, l’absence de stérilisation massive, et le non-respect de l’identification obligatoire ».
Cette dernière indique qu’en Martinique, la fourrière de l’île euthanasie déjà un certain nombre de chiens depuis 2021, sans que l’errance ne recule d’un pouce. À La Réunion, de nombreux chiens et chats sont également euthanasiés chaque année. « Argos42 demande le retrait du volet ‘destruction’ de l’amendement lors de la commission mixte paritaire du 16 juillet; un plan national de stérilisation massive et financée des animaux domestiques en outre-mer; un contrôle renforcé et des sanctions réelles contre les propriétaires qui n’identifient pas ou abandonnent leurs animaux; un encadrement vétérinaire strict et un droit de recours suspensif pour les riverains, si une mesure d’abattage devait malgré tout être maintenue ».
« Il existe aujourd’hui suffisamment de recommandations, tant au niveau national qu’international, en faveur d’une gestion éthique des populations de chiens et de chats errants pour renoncer à la solution létale, désormais en total décalage avec l’évolution de la place de l’animal dans notre société », a assuré Lorène Jacquet, Responsable des Affaires publiques de la Fondation 30 Millions d’Amis. Selon elle, il s’agit de « faire preuve de cœur et de raison, afin de faire prévaloir une gestion raisonnée sur une politique sanglante ».
En effet, le rapport d’audit sur l’errance animale en Outre-Mer, financé par le Plan France Relance en 2021 sous l’égide du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, a souligné que « les chiens véritablement errants ne représentent qu’une faible part des animaux présents dans les espaces publics ».















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