La recrudescence des discours et mouvements masculinistes est inquiétante, selon le rapport d’information de Béatrice Gosselin, Olivia Richard et Laurence Rossignol, de la délégation des droits des femmes.
La délégation a décidé d’analyser les ressorts et d’identifier les leviers d’action permettant de contrer leur massification et leur diffusion, notamment par le biais des réseaux sociaux, en particulier auprès des plus jeunes publics.
La sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, voit dans le masculinisme « une offensive contre la démocratie, parce que le postulat de tout ce mouvement masculiniste, c’est que les hommes sont naturellement supérieurs aux femmes, et que les avancées des droits des femmes, l’égalité, tout ce qui s’est construit depuis un siècle met en cause cette inégalité originelle et qu’il faut la restaurer et la rétablir. »
La délégation a mené durant plusieurs mois des auditions, à partir du 27 novembre 2025, afin de dresser un état des lieux des mouvements masculinistes et de leur influence, et de mettre en lumière leur dangerosité. Elle formule 24 préconisations concrètes pour lutter contre cette idéologie.
L’essence du rapport d’information
Après sept mois de travaux, une centaine de personnes auditionnées, des déplacements de terrain, une analyse des contenus masculinistes relayés en ligne, les rapporteures appellent aujourd’hui à « un réveil des consciences ».
Pour les députées Béatrice Gosselin, Olivia Richard et Laurence Rossignol, il faut s’attaquer « au principe d’égalité entre les femmes et les hommes » :
en cherchant à disqualifier sans cesse la parole des femmes,
en remettant en cause des droits acquis au prix de décennies de luttes,
en affichant une misogynie violente et décomplexée.
Selon elles, « les mouvements masculinistes représentent un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale. Ils doivent être pris au sérieux et constituent aujourd’hui un enjeu majeur de politique publique, en matière d’égalité, d’éducation, de santé mentale, de lutte contre les violences ou de sécurité ».
Pour Pauline Ferrari, journaliste et autrice de « Formés à la haine des femmes », « le masculinisme est un mouvement social et politique de mise en pratique concrète de l’antiféminisme (…) dans le but politique de faire reculer les droits des femmes ».
Le rapport de la délégation retrace la généalogie de ces mouvements, car « les mouvements antiféministes sont aussi vieux que le féminisme ». Mais il est différent aujourd’hui, car il bénéficie d’une « puissance de feu inédite » avec les réseaux sociaux. Il prospère sur le malaise de jeunes hommes, qui accusent les femmes et les féministes d’avoir « complètement changé la donne des rapports entre les hommes et les femmes ».
Le rapport propose un état des lieux de leurs configurations actuelles, analyse leurs mécanismes de production et de diffusion, ainsi que les mécanismes d’adhésion à ces discours, qui témoignent d’une banalisation croissante de leurs codes et, dans certains cas, d’un risque de radicalisation pouvant mener à la violence, voire au terrorisme.

Les masculinismes d’aujourd’hui ne sont pas qu’une simple « tendance » sur les réseaux sociaux. Ils constituent un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique. D’ailleurs, le journaliste Pierre Gault, auteur de « Dans la peau d’un mascu. Enquête sur les hommes qui détestent les femmes » (Denoël, janvier 2026) et d’un documentaire pour lequel il a infiltré ces communautés pendant près d’un an, atteste que « l’ampleur et la dangerosité de ces sphères restent sous-estimées, alors même que plusieurs passages à l’acte ont eu lieu à l’étranger ».
Ce dernier a cité sur RadioFrance, un attentat qui a fait deux morts commis au Canada par un homme se revendiquant de la mouvance « Incel« . Il s’agit de « célibataires involontaires » correspondant le plus souvent « des jeunes hommes vierges qui estiment que les femmes sont les principales responsables de tous les maux ». Selon Pierre Gault, les membres de cette communauté Incel dans le monde entier, y compris en France, glorifient Elliot Rodger, auteur d’une tuerie en 2014 en Californie.
Laurence Rossignol a expliqué sur Radio France que « c’est une bataille culturelle qui est engagée contre les droits des femmes et contre la démocratie » et plaide pour une mobilisation à la hauteur de l’enjeu.
.Ainsi pour combattre le poison du masculinisme et protéger les enfants, la délégation formule 24 recommandations autour de quatre grands axes : faire de la lutte contre le masculinisme un enjeu majeur de politique publique, réguler et assainir l’espace numérique, repérer et prévenir les trajectoires de radicalisation, réveiller les consciences en mobilisant l’ensemble de la société.
Les 24 recommandations
Ces recommandations sont réparties en quatre groupes :
Faire de la lutte contre le masculinisme: un enjeu majeur de politique publique
- Nommer le masculinisme et porter ce sujet au cœur de débat public.
- Développer des programmes de recherche pluridisciplinaires sur le masculinisme et renforcer l’accès des chercheurs aux données des plateformes numériques.
- Élaborer une stratégie interministérielle, pilotée par une structure unique, chargée de l’observation du masculinisme et de la coordination des politiques publiques de prévention et de lutte contre les mouvements masculinistes.
Réguler et assainir l’espace numérique
- Faire entrer les contenus masculinistes dans l’analyse des risques systémiques prévue par le DSA et, dans ce cadre, imposer aux plateformes numériques de définir de manière précise les contenus à caractère sexiste, misogyne ou masculiniste au sein de leurs conditions générales d’utilisation (CGU).
- Développer des campagnes : de sensibilisation destinées à mieux faire connaître le fonctionnement des systèmes de recommandation (algorithmes) ; d’information, sur les réseaux sociaux, reprenant les codes numériques des jeunes générations, pour diffuser des messages de prévention, d’égalité, de consentement, de non-discrimination, de respect et de lutte contre le harcèlement.
- Faire de la protection des mineurs une priorité de l’action publique en interdisant par la loi l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans.
- Porter, au plan européen, l’ambition de s’attaquer au modèle économique des plateformes et réseaux sociaux, en mettant en œuvre une stratégie de démonétisation des contenus sexistes, misogynes et masculinistes, visant à priver ces contenus de revenus publicitaires.
- Garantir la présence, parmi les signaleurs de confiance agréés par l’Arcom, d’associations disposant d’une expertise reconnue en matière de lutte contre les violences sexistes, sexuelles et les discours masculinistes, en prévoyant un financement pérenne de cette mission.
- Renforcer les moyens : de l’Arcom afin de lui permettre d’exercer pleinement les missions nouvelles qui lui sont confiées dans le cadre du DSA ; des services d’enquête spécialisés et des magistrats chargés de la lutte contre la haine en ligne.
- Créer une amende forfaitaire délictuelle pour les outrages sexistes en ligne.
Repérer et prévenir les trajectoires d’adhésion et de radicalisation masculiniste
- Garantir l’effectivité des séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) sur l’ensemble de la scolarité en s’assurant que l’agrément délivré aux associations intervenant dans le champ de l’Evars est fidèle aux orientations définies par le programme national.
- Intégrer dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI) une compréhension critique des algorithmes, des discours des influenceurs et du fonctionnement des plateformes.
- Renforcer les moyens consacrés à la santé scolaire et aux dispositifs d’écoute et d’accompagnement des élèves, afin d’identifier les situations de vulnérabilité susceptibles de favoriser l’adhésion aux discours masculinistes.
- Mettre en place un plan national de formation interministériel consacré à la compréhension, au repérage et à la prévention des trajectoires masculinistes, ainsi qu’à la détection de la radicalisation.
- Sensibiliser au masculinisme toutes les structures existantes en charge de la prévention et de l’accompagnement des trajectoires de radicalisation, en s’inspirant du modèle développé par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) de Montréal.
- Intégrer le masculinisme dans les dispositifs de soutien à la parentalité par l’intermédiaire des associations familiales ou des associations de familles monoparentales.
- Étendre, et rendre accessible aux français de l’étranger, le numéro vert (0 800 005 696) du centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation, aux situations d’adhésion ou de radicalisation masculinistes.
- Doter chaque institution publique susceptible de contribuer à la prévention et à la détection de la menace terroriste masculiniste de « référents » dédiés en matière de radicalisation en lien direct avec les services du renseignement intérieur.
- Promouvoir, à l’échelle européenne, une unification des doctrines sécuritaires en matière d’appréhension du risque terroriste masculiniste, dans une logique de coordination entre services chargés de la lutte antiterroriste au plan européen.
- Mobiliser davantage, via la publication d’une circulaire de politique pénale, la qualification de crime haineux fondé sur le genre afin de mettre fin à l’invisibilisation des crimes de haine sexistes, et, plus globalement, intégrer davantage la violence de genre dans les incriminations pénales retenues par les parquets.
Réveiller les consciences en mobilisant l’ensemble de la société
- Reconnaître et sécuriser financièrement le rôle des associations féministes dans la lutte contre les mouvements masculinistes.
- Tirer les enseignements de la mobilisation des pouvoirs publics, après 2015, en matière de lutte contre la radicalisation djihadiste, pour construire des stratégies efficaces de contre-discours en réponse à la propagande masculiniste.
- Faire de la Journée nationale de lutte contre le sexisme du 25 janvier une Journée nationale de lutte contre le sexisme et le masculinisme.
- Renommer la Semaine de l’égalité entre les filles et les garçons à l’école en Semaine contre le sexisme et le masculinisme à l’école.















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