L’Assurance Maladie, en étroite collaboration avec les agences régionales de santé (ARS) et les caisses générales de sécurité sociale, a rendu son rapport Charges et Produits pour l’année 2027.

L’institution révèle une situation sanitaire dans les départements et régions d’outre-mer (Drom) très contrastées. Ces territoires « présentent des indicateurs de santé moins favorables qu’en France hexagonale et sont confrontés à des vulnérabilités spécifiques », selon l’institution.

L’Assurance Maladie a proposé plusieurs mesures de prévention et d’organisation dans les soins au sein des Drom, afin de « répondre à leurs enjeux et de garantir l’équité dans l’accès aux soins ».

Des vulnérabilités structurelles

Les territoires ultramarins doivent faire face à

  • une précarité socio-économique, avec des taux de pauvreté 2 à 4 fois supérieurs à ceux de l’Hexagone, qui pèse directement sur le recours aux soins ;
  • des contraintes géographiques propres à l’insularité et à l’éloignement, qui allongent les délais de prise en charge et limitent l’offre de spécialistes disponibles sur place ;
  • enfin, un environnement tropical exposant les populations à des risques spécifiques : maladies vectorielles, exposition aux polluants environnementaux, événements climatiques extrêmes.

Selon la Drees (statistique publique de la santé et des solidarités), 8% de la population âgée de 15 ans ou plus en France se déclare en « mauvais » ou « très mauvais » état de santé. Or ils sont 14% en Guadeloupe, Martinique et Guyane, de 11% à La Réunion et de 21% à Mayotte.

Une situation sanitaire alarmante

Les données présentées « indiquent une dégradation préoccupante, depuis plusieurs décennies », notamment au sein des indicateurs de santé liés à l’alimentation dans les Drom. Cette dégradation s’explique par une modification rapide des habitudes alimentaires traditionnelles au profit de produits transformés et d’un accès plus limité à une alimentation équilibrée.

  • 52% des habitants d’outre-mer sont en surcharge pondérale, dont 22,4 % en situation d’obésité, contre 18 % dans l’Hexagone ;
  • 22,4% des élèves de CM2 sont concernés par le surpoids ou l’obésité, contre 18% au niveau national ;
  • en France hexagonale, 59% de la population consomme quotidiennement des fruits et des légumes, contre 39% en Martinique et 16% à Mayotte ;
  • la consommation quotidienne de boissons industrielles sucrées est de 69 grammes par jour en Guadeloupe contre 39 grammes dans l’Hexagone.

Les taux de sucre dans les produits sont par ailleurs significativement supérieurs dans les Drom. Un yaourt contient par exemple 10,8 g de sucre pour 100 g en France contre 12,1 g à La Réunion.

Les habitudes alimentaires, combinées à un accès limité à des produits frais de qualité et à une dépendance aux importations, favorisent le développement de maladies métaboliques.

Les conséquences sanitaires sont lourdes pour les populations, car il y a une prévalence du diabète 2 fois plus élevée dans les Drom qu’en France ; une augmentation des cas d’hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires ; et des risques de complications obstétricales (diabète gestationnel, hypertension gravidique) et néonatales (prématurité, malformations) plus élevés chez les femmes enceintes, en lien avec le surpoids et l’obésité. De plus, il y a deux fois plus de dents cariées non soignées chez les enfants scolarisés.

Enfin, si la consommation quotidienne d’alcool est globalement moins élevée dans les Drom qu’en France, elle a des conséquences sanitaires plus graves car la mortalité liée à l’alcool y est plus importante, notamment en raison d’une prévalence élevée du syndrome d’alcoolisation fœtale (31% des femmes enceintes consomment de l’alcool en Guadeloupe contre 20 % en France hexagonale) ; et d’une surmortalité routière (2 à 3 fois plus d’accidents liés à l’alcool que dans l’Hexagone).

Hausse des troubles mentaux et une offre de soin insuffisante

Les Drom présentent des indicateurs de santé mentale plus dégradés que la France, avec des disparités réelles comme 4 jeunes ultramarins sur 10 souffrent de symptômes dépressifs (19 à 28% selon les régions contre 10% en France) ; le taux de suicide est 20 fois plus élevé à La Réunion qu’en France.

Et l’Assurance Maladie dénombre aux Antilles 2 à 3 psychiatres pour 100 000 habitants tandis qu’ils sont quasi absents en Guyane et à Mayotte : 0,3 pour 100 000 habitants.

En France, il y a 36 psychologues pour 100 000 habitants contre seulement 23 en Guadeloupe, 17 en Martinique et 3 à Mayotte.

En France, un jeune sur quatre (25%) se déclare en dépression mais cette proportion atteint « un niveau alarmant » de 39% dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), selon la Mutualité française. L’étude de 2025 montre que « la dépression atteint plus d’un jeune sur deux en Guyane (52%), 44% en Martinique et 37% en Guadeloupe« . Ces chiffres dépassent largement ceux de certaines régions françaises, où la dépression varie de 19% en Bourgogne-Franche-Comté à 28% en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Risques épidémiologiques accrus et contamination environnementale

Le climat tropical favorise le développement des maladies vectorielles transmises par les moustiques (dengue, chikungunya et Zika) ainsi que certaines maladies infectieuses, notamment la leptospirose, des pathologies qui peuvent évoluer vers des formes graves.

L’incidence de la leptospirose est de 50 à 100 plus élevée dans les régions tropicales, avec un taux de mortalité supérieur à 10%.

En Guyane, l’imprégnation au mercure (présent dans l’environnement de manière naturelle et en lien avec l’activité humaine) est un sujet prioritaire de santé publique : 57% des femmes enceintes du Haut-Maroni présentent un taux de mercure supérieur au seuil de 10 µg/g, ce qui expose les nouveau-nés à des risques neurologiques graves.

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