Les îles Kouriles sont un archipel situé entre l’extrémité nord du Japon et la péninsule du Kamtchatka, en Russie. Elles sont aujourd’hui au cœur d’un conflit territorial entre les deux pays.

« Ce chapelet d’îles est historiquement japonais, mais il a changé de main à plusieurs reprises en fonction de traités ou de guerres menées entre le Japon et la Russie« , a expliqué sur 20minute, Ulrich Bounat, analyste en géopolitique et chercheur associé chez Eurocreative, spécialiste de la Russie.

En effet, la Russie contrôle l’ensemble de l’archipel, mais le Japon revendique les îles situées au sud, appelées Itouroup, Kounachir, Shikotan et les îlots Habomai. Alors qu’au Japon, elles sont généralement appelées les « Territoires du Nord« .

Ce conflit territorial s’explique principalement par l’histoire des frontières et par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant longtemps, les frontières entre le Japon et la Russie dans cette région ont été modifiées plusieurs fois. Le traité d’amitié russo-japonais de Shimoda de 1855 établit une frontière entre les deux pays. Puis, en 1875, le Japon obtient l’ensemble des îles Kouriles en échange de la partie sud de Sakhaline, cédée à la Russie.

La situation change radicalement en 1945, lors de la conférence de Yalta organisée avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, la situation se complexifie encore. « Les puissances alliées demandent à Staline d’entrer en guerre contre le Japon pour faciliter la fin du conflit. Selon la version russe, un accord est trouvé pour céder les îles Kouriles aux Soviétiques en échange. Mais dans la foulée, les Etats-Unis contredisent l’exactitude de cette version« , a indiqué Ulrich Bounat.

Alors que le Japon est sur le point de capituler, l’Union soviétique entre en guerre contre lui et envahit les Kouriles. Les forces soviétiques prennent progressivement le contrôle de tout l’archipel, y compris les quatre îles méridionales aujourd’hui revendiquées par le Japon. La population japonaise présente sur ces territoires est ensuite expulsée ou rapatriée.

Le problème vient notamment de l’interprétation des accords internationaux conclus à la fin de la guerre. En 1951, le Japon signe le traité de paix de San Francisco avec plusieurs puissances alliées. Il renonce aux « îles Kouriles », mais le traité ne précise pas clairement quelles îles sont incluses dans cette appellation. Surtout, l’Union soviétique ne signe pas ce traité. Le Japon affirme donc que les quatre îles méridionales qu’il revendique ne faisaient pas historiquement partie des Kouriles auxquelles il avait renoncé. « Ce sont deux légitimités qui s’affrontent« , pour Ulrich Bounat.

La question reste donc sans règlement définitif. En 1956, le Japon et l’Union soviétique rétablissent leurs relations diplomatiques grâce à une déclaration commune. Moscou accepte alors le principe d’une possible restitution de hikotan et des Habomai après la conclusion d’un traité de paix. Cependant, aucun accord définitif n’est pas trouvé et les quatre îles restent sous administration russe.

Aujourd’hui, la dispute est également liée à des enjeux stratégiques et économiques. Les Kouriles, où vivent environ 20.000 citoyens russes dans un climat difficile, occupent une position importante entre l’océan Pacifique et la mer d’Okhotsk. Elles permettent à la Russie de contrôler des voies maritimes et possèdent des ressources halieutiques importantes, tels que des gisements d’or, d’argent et des zones de pêche riches. De plus, leur emplacement est également intéressant sur le plan militaire, notamment pour la présence de forces russes dans le Pacifique.

De plus, l’archipel se trouve sur la route maritime reliant le port russe et la base navale de Vladivostok à l’océan Pacifique. « La mer d’Okhostk étant gelée en hiver, les îles Kouriles, notamment les quatre revendiquées par le Japon, représentent le seul passage libre de glace toute l’année, analyse le chercheur. Si les Russes acceptent les demandes japonaises, le passage le plus simple pour sortir de Vladivostok, notamment en hiver, passerait alors sous contrôle japonais. Et c’est inacceptable pour eux« , a souligné le chercheur.

En 2010, le président russe de l’époque, Dmitri Medvedev, était devenu le premier dirigeant russe à se rendre sur ce territoire, suscitant la colère de Tokyo. Le Japon a par la suite bénéficié du soutien des puissances occidentales, tels que l’Union européenne ou des Etats-Unis, tandis que la Russie peut compter sur la Chine. D’aileurs, Moscou et Pékin organisent régulièrement des exercices militaires dans la zone où des bases aériennes et navales russes ont fleuri.

Les relations entre Moscou et Tokyo se sont fortement dégradées depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Le Japon a adopté des sanctions contre la Russie et les négociations concernant un traité de paix ont été interrompues.

De plus, Tokyo a également durcit le bon en évoquant l’occupation « illégale » des îles en litige. En août 2026, la visite de Vladimir Poutine, particulièrement sur l’île d’Itouroup, est symbolique, un mois avant les élections législatives.

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