En visite à La Réunion, Edouard Philippe, leader du mouvement Horizon, et candidat à l’élection présidentielle de 2027, est revenu sur ses propos niant les cries de la colonisation. Ce dernier persiste et se targue clairement à l’extrême droite.
Le 8 décembre 2025, Jean-Michel Apathie sur LCI demande à Edouard Philippe si la colonisation était un crime. Ce dernier a catégoriquement répondu « non ». Une réponse alarmante de la volonté des dirigeants politiques de droite, tendant à l’extrême droite, de nier l’histoire de la colonisation et ses conséquences passées et actuelles.
Un déni de la responsabilité de la France
« La colonisation est-elle un crime ? « . Sa réponse ? Un « non » catégorique. Pourtant, la liste des crimes coloniaux de la France est longue. « Et pourtant depuis des décennies, les politiques racistes, sécuritaires, militaristes des politiciens français reposent sur ces crimes, sur leur négation et sur leur continuation », a écrit Louise Kervella de Révolution permanente.
Pour des personnalités comme la politologue Françoise Vergès, ce type de discours politique cherche à minimiser un système structurellement violent, fondé sur la domination, la dépossession et l’exploitation des peuples.
D’ailleurs, la France d’Emmanuel Macron s’est abstenue lors du vote d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU le 25 mars 2026, qui qualifie la traite transatlantique et l’esclavage racialisé des Africains de « plus grave crime contre l’humanité ».
La résolution de l’Assemblée générale des Nations unies a été adoptée le 25 mars 2026 par 123 voix contre 3 votes de l’Argentine, Israël et les États-Unis contre, et 52 abstentions, dont la France. Ce texte, porté par le Ghana, visait à reconnaître la gravité de la traite de millions d’êtres humains, déportés depuis l’Afrique vers les Amériques, pendant plus de quatre siècles, et ses « conséquences durables ».
La France a justifié son abstention par son refus de « créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité », a déclaré vendredi 25 avril à l’AFP, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. « Si nous nous sommes abstenus sur cette résolution, c’est parce que nous refusons de créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, de mettre en compétition les souffrances que ces abominations et ces crimes continuent de provoquer aujourd’hui », a affirmé Jean-Noël Barrot.
De son côté, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage a réagit en déclaration que « la France se grandirait en prenant l’initiative d’organiser une réponse aux attentes de justice, de dialogue et de vérité qui se sont exprimées à New York le 25 mars dernier ».
Jean-Marc Ayrault et Aïssata Seck, respectivement président et directrice de la Fondation, ont appelé, dans une tribune au journal Le Monde, la France à jouer un rôle moteur dans la question des réparations de l’esclavage. Cette tribune remet en question l’attitude de la France qui s’est abstenue de voter comme 51 autres pays le 25 mars 2026.
Ces derniers ont expliqué que la France a manqué une occasion de s’approprier ce travail de mémoire et de reconnaissance. Selon eux, ll’ampleur et les effets de « la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains » n’ont jusqu’à présent pas été suffisamment reconnus et un système néo-colonial a prit place en France et particulièrement dans les régions ultramarines.
Jean-Marc Ayrault et Aïssata Seck évoquent « la persistance du racisme anti-Noirs, fondé sur des stéréotypes nés dans la matrice esclavagiste, et dont on voit en France combien ils continuent de circuler et de blesser ». Pourtant, la droite française, et notamment l’extrême droite, perpétue sa position marquée par le refus de la repentance, la relativisation historique et l’annulation de commémorations officielles entourant la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions (le 10 mai).
Edouard Philippe défenseur des positions de l’extrême droite
Interrogé par Antoine Hassler, journaliste présentateur d’Antenne Réunion a demandé lors d’une interview : « Sujet sensible chez nous, en décembre l’année dernière, à la question la colonisation est-elle un crime, vous avez fermement répondu non. Est-ce que vous défendez toujours ce point de vue ? »
Édouard Philippe répond : « C’est difficile de répondre à une question compliquée par un seul mot. Et beaucoup de gens pensent qu’elle n’est pas compliquée. Au fond, ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il y avait eu beaucoup de crimes pendant la colonisation, des crimes abominables, à Sétif, à Madagascar, je les connais, je le sais, mais de dire par un mot que la colonisation par elle-même était un crime, c’était passer à côté d’un certain nombre de choses ».
Une pirouette râtée. Il continue de nier la réalité historique des territoires, ayant subi l’esclavagisme. « Eh bien la colonisation, je ne suis pas favorable à la colonisation, je ne trouve pas ça bien nécessairement, je trouve qu’il y a énormément de crimes qui ont été commis, mais dire qu’elle est par elle-même un crime, dire que tous ceux qui à un moment au 19ᵉ, au 18ᵉ, dans des logiques historiques totalement différentes ont participé à cet épisode historique sont des criminels, parce que par définition si c’est un crime, ils sont des criminels, ça me parait inexact », a enfoncé le clou le candidat à la présidentielle.
Édouard Philippe est maintient sa position : la colonisation n’est pas un crime. Pourtant, un rapport récemment publié par la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo sur les inégalités affirme que « les territoires ultramarins demeurent sous l’influence de la période coloniale au cours de laquelle la France a pris possession d’eux et a durablement marqué de son empreinte leurs sociétés, leurs économies et leurs paysages ».
Dans un communiqué, le PLR, Pour La Réunion, condamne fermement les propos d’Édouard Philippe : « La reconnaissance des crimes commis au nom de la colonisation et de la violence intrinsèque au système colonial n’est ni de la repentance ni une réécriture de l’Histoire. »
De son côté, le député socialiste, Philippe Naillet a écrit : « À La Réunion, la colonisation ne se résume pas à des épisodes isolés ou à des excès malheureux. Elle a structuré durablement le destin de notre île. Pendant des siècles, l’esclavage en a été le fondement, réduisant des générations d’êtres humains à la condition de biens meubles, avant que l’engagisme ne perpétue, sous d’autres formes, des rapports de domination économique et sociale. »
Pour Jean-Hugues Ratenon, « notre histoire est profondément marquée par l’esclavage, l’engagisme, mais aussi par des violences plus récentes : les avortements et stérilisations pratiqués sans consentement sur des femmes réunionnaises, ou encore le déplacement des Enfants de la Creuse. Nous ne demandons pas de réécrire l’Histoire. Nous demandons qu’on cesse de la raconter en oubliant les victimes et les violences. La colonisation a été un système de domination. Ses violences sont documentées. Ses conséquences sont encore visibles. Et notre mémoire n’est pas négociable ».
















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