Des squelettes de coraux vieux de 1.000 ans ont montré que le phénomène naturel El Niño s’intensifie au fur et à mesure que la planète se réchauffe, avec des conséquences majeures pour l’avenir, a alarté la revue Science.

Cette étude a été publié au moment où El Niño se renforce dans le Pacifique équatorial et menace de provoquer des conditions climatiques extrêmes à travers le globe. D’ailleurs, cet épisode d’El Niño, dont le pic est attendu vers la fin de l’année 2026, pourrait être le plus puissant jamais observé et contribuer à faire de 2027 une année record en matière de chaleur, ont prévenu les météorologues. Mais ses conséquences se font déjà sentir, de l’Amérique centrale frappée par la sécheresse à l’Indonésie, où de violents incendies de forêt ont eu lieu.

« Nous savons désormais que, dans le Pacifique équatorial, ces épisodes d’El Niño très puissants sont inhabituels à l’échelle des 1.000 dernières années et dépassent largement le niveau préindustriel », a expliqué à l’Agence France Presse, Julia Cole, professeure à l’Université du Michigan et principale auteure de l’étude.

Les scientifiques affirment que les effets météorologiques d’El Niño s’ajoutent à ceux du changement climatique, ce qui aggrave les précipitations dans certaines régions et la sécheresse et les vagues de chaleur dans d’autres. Mais aucun consensus n’existe jusqu’à présent sur la question de savoir si le réchauffement de la planète amplifie lui-même l’ENSO, le phénomène climatique naturel cyclique à l’origine des épisodes opposés El Niño et La Niña, tous deux lourds de conséquences météorologiques.

Me monde a connu plusieurs épisodes forts d’El Niño à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, mais les observations satellitaires ne remontent qu’au début des années 1980 et les données auparavant recueillies par les navires sont limitées, a expliqué Julia Cole. Raison pour lesquelles, les paléoclimatologues se sont tournés vers des indicateurs indirects, comme les coraux.

Ainsi, les îles Galápagos, archipel volcanique situé au large de la côte ouest de l’Équateur, au centre de la zone où El Niño se forme, en abritent une riche collection. Alors que les coraux grandissent d’environ un à deux centimètres par an, la géochimie de leur squelette reflète les conditions dans lesquelles ils se développent. De fait, les scientifiques ont opéré de petites ponctions dans leur structure afin d’étudier le climat d’antan.

Ils ont ainsi pu reconstituer les conditions climatiques auxquelles leur territoire a été exposé. Ainsi ces fenêtres temporelles ont permis aux scientifiques de remonter jusqu’au millénaire passé, et de montrer que les fluctuations associées aux cycles de l’ENSO étaient nettement plus faibles durant la période préindustrielle (1000-1850).

Les résultats indiquent que ces variations ont commencé à se renforcer à la fin du XIXe siècle, avec une « amplification frappante » au cours des quarante dernières années. Les scientifiques ont comparé ces variations aux modèles climatiques simulant la période préindustrielle, ils ont montré que cette augmentation était supérieure à tout ce qui pouvait être expliqué par les seules causes naturelles.

« Ce renforcement va de pair avec le réchauffement climatique, il semble donc être lié au réchauffement de la planète provoqué par l’utilisation humaine de combustibles fossiles« , a synthétisé Julia Cole. Or, les effets d’une telle intensification « sont immenses pour les populations« , a souligné la chercheuse, car « El Niño est une source majeure d’extrêmes climatiques et de risques naturels« .

« Ces résultats soulignent la nécessité urgente de passer des énergies fossiles à des énergies renouvelables moins nocives pour le climat« , a expliqué à l’Agence France Presse, Andrew Dessler, climatologue à l’Université Texas A&M n’ayant pas participé à cette étude.

Selon les auteurs de l’article, la variabilité de l’ENSO est aujourd’hui environ 36% plus élevée dans l’est du Pacifique équatorial qu’à l’époque préindustrielle, principalement en raison d’épisodes El Niño plus intenses. Ce chiffre ne signifie pas que les épisodes El Niño eux-mêmes sont 36% plus puissants, car la mesure s’applique à l’ensemble du cycle, y compris à la phase refroidissante La Niña.

L’étude ne propose pas de mécanisme physique expliquant les changements observés, mais Julia Cole espère qu’elle permettra de combler une importante lacune dans la compréhension scientifique de l’impact du réchauffement climatique sur El Niño. « Nos coraux sont une machine à remonter le temps » qui nous permet désormais d’affirmer que cet impact « est bien réel, qu’il se poursuit, et que nous l’observons désormais chaque jour« , a souligné Julia Cole.

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