Historienne et politologue, Françoise Vergès est aussi une militante féministe, antiraciste et anticoloniale. Elle a partagé avec Témoignages Le Mensuel son dernier souvenir de Paul Vergès et son analyse de la situation économique, sociale et politique à La Réunion.

Extrait

Partout, on assiste à un renouveau des analyses qui étudient les entremêlements de niveaux, contradictions, et conflits, entre local/national/international. La situation locale, qui détient les richesses, le pouvoir économique, la terre, l’eau, qui décide en dernier lieu, conflits, ressources. La situation nationale : les programmes d’austérité imposés par les gouvernements successifs et qui détruisent les services de santé, d’éducation, l’université, les institutions culturelles et artistiques, et dont les conséquences sont bien plus graves dans les « « »outre-mer« .

La Réunion dans sa région et dans le monde : la manière dont des changements au niveau mondial et régional affectent, ou affecteront cette île. L’île se situe sur un axe Afrique/Asie, dans un océan de plus en plus central (pétrole, guerres, vol de terres, migrations, militarisation, extraction, échanges culturels, circulation d’idées…). La Réunion est une base d’intervention armée pour les intérêts de l’État français: que faisons-nous de cela? Comment comprenons-nous l’intrication de tous ces niveaux, sans jamais oublier de partir de situations locales? Ce genre d’analyses (local, national, international) a fait l’objet de publications à La Réunion, je pense à Arguments, Les cahiers de l’ile de La Réunion et de l’océan Indien, Le Rideau de cannes, Réunion 76 une colonie française…

L’État français a démontré au cours des siècles qu’il s’opposait à la totale souveraineté des peuples, à la liberté et l’égalité des peuples, en soutenant des coups d’état, en faisant intervenir ses armés, ses services secrets, en assassinant des leaders, en imposant des sanctions, en maintenant des bases militaires. Il a reculé devant les protestations, les assignations au tribunal, les grèves, les mouvements sociaux qui le rappellent chaque fois à ses devoirs.

On sait aussi que sous la pression des multinationales, des milliardaires, on assiste à un retrait de l’État de ses devoirs publics, on le voit actuellement en France. Je ne vais pas faire l’histoire de tout cela ici, des chercheurs, des journalistes, des militants, ont fait l’histoire de la Françafrique montrant qu’à gauche comme à droite il y a eu un soutien au maintien de relations asymétriques entre d’anciennes colonies et la France, de la dette posée à Haïti, de l’idéologie de l’austérité, de la violence policière, du tout carcéral.

On sait que les indépendances ont été gagnées après de longues luttes et des guerres où l’état français a mis toute la force de son armée, de son aviation, de sa police, et de sa justice au service du maintien du statut colonial. Il a freiné toutes les tentatives de s’émanciper de sa domination économique et culturelle. Cette politique coloniale s’est fortement exercée à La Réunion des années 1950 aux années 1980, mais ce n’est pas du passé, voir la répression violente et meurtrière du peuple kanak l’an dernier alors qu’il réclame tout simplement son indépendance, ou son indifférence sinon son mépris envers les victimes du cyclone Chido à Mayotte, ou sa résistance à réparer la pollution du chlordécone aux Antilles, des conséquences de ses essais nucléaires dans les îles du Pacifique. La liste est longue.

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