Paul Vergès, figure politique majeure de La Réunion et du paysage politique français, est né le 5 mars 1925 à Ubon Ratchathani (Siam) en Thaïlande, lorsque son père, Raymond Vergès, futur député communiste, y exerçait comme médecin. Très tôt, Paul Vergès est plongé dans un environnement politique engagé, influencé par le militantisme de son père et les luttes anticolonialistes de l’époque.

Arrivé à La Réunion en 1932, Paul Vergès poursuit ses études au lycée Leconte de Lisle à Saint-Denis, avant de s’engager en 1942 dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, il reprend des études de droit et de philosophie en France, et s’engage contre le colonialisme au sein du Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS), parti politique créé en mars 1945 par son père, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.

A cette époque, il entre à la section coloniale du Parti Communiste Français à Paris, alors que son père, élu maire de Saint-Denis et député à l’Assemblée constituante en 1946, est l’un des artisans de la loi du 19 mars 1946 érigeant en départements La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.

Il épouse, en 1949, Laurence Deroin, puis retourne à La Réunion en 1954, où il devient
directeur du journal Témoignages fondé par Raymond Vergès en 1944. En 1955, il décroche son premier mandat, celui de conseiller général de Saint-Paul. L’année
suivante, il est élu député et prend la tête d’un mouvement anti-colonial, pour la justice sociale et le développement local.

En 1959, il devient député sous l’étiquette communiste. Souhaitant s’affranchir de Paris, il participe activement à la fondation du Parti Communiste Réunionnais (PCR), qu’il dirige jusqu’en 1993.

Son parti, le PCR défend l’autonomie de La Réunion, un sujet sensible qui lui vaut
d’importantes oppositions, tant localement que dans les cercles parisiens. Son combat pour une Réunion plus équitable, respectueuse de son identité et de ses spécificités, marque profondément la vie politique réunionnaise.

Son parcours est également émaillé de controverses. En 1964, il entre dans la clandestinité pour échapper à des poursuites judiciaires motivées par la publication dans Témoignages d’une quarantaine d’articles de presse entre mai 1959 et juillet 1963, à tonalité anticoloniale. Il se constitue prisonnier en 1967 et sera acquitté en 1969. Ce passage tumultueux consolide son image de militant luttant contre le système colonial répressif.

Dans les années 1980 et 1990, Paul Vergès adopte une posture plus pragmatique, cherchant à rassembler au-delà de son camp traditionnel. Il est élu maire du Port en 1971, puis président de la Région Réunion de 1998 à 2010.

Son action à la tête de la région est marquée par un engagement fort en faveur du développement durable, de l’aménagement du territoire et de la valorisation des énergies reouvelables. Il est l’un des premiers responsables politiques français à alerter sur les effets du changement climatique, sujet qu’il défend avec constance et détermination au sein du Conseil économique, social et environnemental, où il siège. Puis dans toutes les instances auxquelles il accède.

Paul Vergès a profondément marqué la vie politique réunionnaise en militant pour l’ »autonomie » de La Réunion, revendication abandonnée après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, en 1981. Cependant, lorsqu’une loi institue la « parité sociale » plutôt que l’égalité, lui et Elie Hoarau, maire de Saint-Pierre, protestent en démissionnant de leurs postes de députés, en 1987. Il faudra attendre 1996 pour voir le SMIC aligné sur le niveau national.

Parallèlement, il est sénateur de La Réunion de 1996 à 2005 et de 2008 à 2011. À Paris, il porte la voix d’une île oubliée des grands débats nationaux et milite pour une meilleure prise en compte des spécificités de chaque Outre-mer dans les politiques publiques. Paul Vergès est le frère de Jacques Vergès, célèbre avocat connu pour avoir défendu des personnalités controversées. Si leurs trajectoires diffèrent, elles témoignent d’un même goût pour la lutte, la justice et la confrontation des idées.

Jusqu’à sa mort et au-delà, Paul Vergès restera une figure incontournable de la vie politique réunionnaise. Il décède le 11 novembre 2016 à l’âge de 91 ans, à Saint-Denis. Ses funérailles rassemblent une foule considérable de militants, sympathisants et habitants de l’île, signe de l’impact profond qu’il a eu sur l’histoire de La Réunion.

Céline Tabou, rédactrice en chef de Témoignages Le Mensuel

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