Cette année marque le centenaire de la naissance – 5 mars 1925 – de Paul Vergès, fondateur du Parti Communiste Réunionnais et géant de la politique. Plusieurs initiatives ont eu lieu – d’autres suivront sans doute pour marquer cet évènement.

Cette actualité nous rappelle, entre autres, que 60 ans plus tôt, en 1965, Paul Vergès vivait en clandestinité. Cet acte de révolte profond et extraordinaire, engagé en mars 1964 contre le pouvoir central répressif, connaîtra son épilogue 28 mois après, en juillet 1966. Cet épisode historique de l’itinéraire politique hors du temps de Paul Vergès est évoqué dans divers ouvrages qui sont consacrés au leader du PCR.

En 1954, Paul Vergès est de retour définitivement à La Réunion. Il s’engage dans la bataille politique et prend la direction du journal Témoignages fondé 10 ans plus tôt pa son père, le Dr Raymond Vergès. « Organe de défense des sans défense », Témoignages est le symbole de la résistance pour la liberté, l’application des droits et le respect du peuple réunionnais. Le journal est régulièrement saisi et ses dirigeants successifs poursuivis et condamnés.

Pour avoir reproduit dans Témoignages divers articles parus dans Le Monde et l’Humanité sur la guerre d’Algérie (1954-1962) et les noyades des Algériens dans la Seine, à Paris, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961, Paul Vergès qui entretemps a fondé le PCR (mai 1959) est condamné à trois mois de prison ferme et démissionné de son mandat de conseiller général du Port qu’il occupe depuis 1961. Il sera également attaqué devant la Cour de Sureté de l’État pour atteinte à l’intégrité du Territoire.

Dans l’ouvrage de Thierry Jean Pierre, il raconte :

J’ai été poursuivi à 43 reprises pour délits de presse. Les articles qui paraissaient dans Témoignages tant sur la guerre d’Algérie que sur les fraudes électorales ne plaisaient guère au pouvoir central… Nos revendications autonomistes, malgré le soutien de 150 personnalités, sont considérés comme autant d’appel à la sédition. Témoignages est régulièrement saisi par le Préfet. En ma qualité de directeur de la publication, je cumule jusqu’à 14 mois de prison ferme que je refuse absolument de purger tant que les fraudeurs que nous dénonçons dans les colonnes de Témoignages ne sont pas inquiétés…

En mars 1964, tous les recours de Paul Vergès étant épuisés, son arrestation est imminente. Il prend soin alors d’écrire au Procureur pour lui signifier son refus d’accomplir la moindre peine. Dans la soirée du 17 mars 1964, des policiers sont postés devant les locaux de Témoignages où se trouve Paul Vergès, pour vérifier qu’il ne s’envole pas :

… Heureuse coïncidence ou signe du destin, une panne de courant plonge le quartier dans la pénombre …, raconte Paul Vergès.

« C’est le moment » dit-il aux siens. Paul Vergès crée une diversion et disparaît.

« … C’est le début de 28 mois de clandestinité faite de complicité, de fraternité, de camaraderie et de rebondissements en tous genres… », écrit Gilles Bojan dans « Paul Vergès, l’immortel« .

Au cours de ces 28 mois de « marronnage« , non seulement Paul Vergès s’arrange pour participer aux réunions de son Parti, mais la situation va le conduire dans des zones les plus reculées de l’ile. Par ailleurs, grâce à la grande solidarité qu’il bénéficie et avec le concours des camarades, dans tous les secteurs de la société réunionnaise, Il arrive à tenir des meetings clandestins au Port, à la Plaine, à la Rivière Saint-Louis, à Grand-Bois, à Saint-Denis et dans bien d’autres endroits encore, et peut même de temps en temps rencontrer sa femme et ses enfants, tout cela, au nez et à la barbe des autorités. Les barrages de routes, les contrôles chez les militants, le recoupement de Témoignages ne vont rien donner.

Mais Paul Vergès reconnait :

… Une période difficile et souvent douloureux mais aussi amusant par d’autres côtés de tourner en ridicule la maréchaussée et surtout le Préfet Diefenbacher (en fonction à La Réunion de mars 1963 à septembre 1966, en remplacement de Jean Perrau-Pradier) qui n’a cessé d’écumer de rage pendant ces deux ans et demi…

Le 18 juin 1966, intervient l’amnistie des condamnations pour délit de presse. Restent les infractions d’atteinte à la Sureté de l’Etat.

Le jeudi 28 Juillet, Paul Vergès, accompagné de son avocat, se présente au bureau du Procureur. Le magistrat est estomaqué. Paul Vergès est conduit en prison. Il doit être transféré à Paris par bateau. Craignant pour sa sécurité, il entame une grève de la faim, exigeant que son transfert ait lieu par avion. Ce qui est fait le dimanche 31 juillet.

Scène à la fois émouvante et inimaginable à l’aéroport de Gillot ce jour-là, où un ombre impressionnant de sympathisants sont venus attendre Paul Vergès pour lui témoigner de leur solidarité. Forçant les barrages de police et les grillages, la foule se précipite vers l’avion pour acclamer le leader du PCR.

Arrivé à Paris, Paul Vergès est conduit à la Prison de la Santé. Déféré devant le juge d’instruction et après plusieurs interrogatoires, il bénéficie d’un non- lieu général.

Assigné à résidence à Paris pendant quelques semaines, Paul Vergès est de retour à La Réunion le mercredi 21 décembre 1966, mettant fin à cette longue comédie politico judiciaire, même si le Préfet Jean Vaudeville qui succède depuis peu à Alfred Diefenbacher décide d’interdire ce jour-là toute manifestation sur la voie publique.

Déterminé plus que jamais, Paul Vergès reprend le combat politique. Infatigable défenseur du peuple réunionnais, il va poursuivre la lutte jusqu’à son dernier souffle.

Légende l’image de Une: Défiant les forces de police qui le recherchent, durant sa clandestinité, Paul Vergès se retrouve pour quelques heures auprès de sa femme, Laurence et de ses enfants, Claude, Laurent, Françoise et Pierre.

Paul Dennemont, militant du Parti Communiste Réunionnais à Saint-André

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