Le XXIe siècle est le témoin d’un basculement tectonique. L’hégémonie absolue des États-Unis, imposée par un unilatéralisme sans partage, est aujourd’hui en chute libre. Ce déclin historique traduit la fin d’un logiciel impérialiste à bout de souffle, incapable de contenir l’émergence d’un monde multipolaire, mais il consacre surtout une profonde faillite morale.

Sur le plan économique, la domination financière de Washington vacille. Le dollar, arme de coercition massive, fait face à une contestation sans précédent. La dynamique de dédollarisation, portée par l’axe élargi des BRICS+, s’accélère.

Ces puissances émergentes construisent des circuits commerciaux alternatifs, s’affranchissant des sanctions unilatérales et opposant au capitalisme occidental un bloc capable de rééquilibrer les richesses. Le Sud Global refuse de subventionner la dette abyssale américaine. Mais ce déclin est aussi éthique. Le système international s’effondre “deux poids, deux mesures”.

L’indifférence ou la complicité active des puissances dominantes face aux tragédies qui frappent les peuples à Gaza, au Liban ou au Kurdistan met à nu le cynisme absolu d’un ordre qui sacrifie les droits humains pour des intérêts géostratégiques. Cette architecture impose une logique binaire de blocs, qui descend jusqu’à nos périphéries ultramarines comme La Réunion, y perpétuant des structures de dépendance économique et politique.

Face à la barbarie de cette fuite en avant, l’urgence est de rompre avec les mécanismes d’alignement.

Il faut ranimer l’esprit des principes de Bandung et du non-alignement. Ce socle de coexistence pacifique, de respect des souverainetés et d’égalité est la seule alternative viable. Pour La Réunion et l’océan Indien, sous le poids de son s’inscrire dans cette transition signifie refuser d’être le rouage passif d’un empire en décomposition, en affirmant notre souveraineté par un co-développement régional horizontal.

Comme le proclamait la déclaration finale historique de Bandung, préfigurant ce monde multipolaire en marche : “Les nations africaines et asiatiques souffrent depuis trop longtemps de la domination des grandes puissances ; l’égalité et la coopération mutuelle doivent désormais guider les relations internationales”.

David Gauvin

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