Selon un rapport commandé par le gouvernement afin de réformer les politiques familiales et présenté au Premier ministre, Sébastien Lecornu, l’aide pour le logement (APL) pour les étudiants va être remis en question. Il préconise de réviser le mode de calcul, en tenant compte des revenus des parents ce qui ferait perdre à des milliers de jeunes la possibilité de bénéficier de l’aide au logement.

L’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales préconisent dix mesures antisociales pour réaliser 4,2 milliards d’économies. « La mission propose plusieurs mesures en ce sens, susceptibles de générer un gain annuel de 4,2 Md€ à l’horizon de dix ans (dont 2,5 Md€ pourraient être obtenus à plus court terme). Si nécessaire, des gains complémentaires pourraient être recherchés sur les dispositifs bénéficiant aux déciles supérieurs de niveau de vie, dont les effets sont moins établis  », a indiqué l’IGF.

Parmi elles, la prise en compte des ressources parentales dans le calcul de l’aide personnalisée au logement (APL), la baisse des seuils des tranches d’allocations familiales, ou la suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité. À ces mesures s’ajoutent, « si nécessaire, des gains complémentaires » qui « pourraient être recherchés sur les dispositifs bénéficiant aux déciles supérieurs de niveau de vie, dont les effets sont moins établis », a indiqué l’IGF.

Une situation catastrophique pour les logements

Jusque-là l’APL était détaché du revenu des parents. Cependant, le rapport suggère de les calculer en fonction des revenus de ces derniers. « Bien plus qu’un simple changement de calcul, cela va entraîner la suppression directe des APL de plus de 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires », a alerté l’Union étudiante (UE).

Le syndicat étudiant a dénonce ces politiques menées contre les étudiants : « Dans la France à Macron, être étudiant·e c’est un véritable parcours du combattant : sélection, précarité, petit job, etc. Le gouvernement profite de cette dernière année avant les présidentielles pour lâcher les chiens ». L’UE met en garde sur des conséquences dramatiques car « 200 000 étudiant·es pourraient se retrouver à la rue sur simple décision du gouvernement, sans aucune consultation de la représentation nationale ».

Tous les ans, les étudiants peinent à trouver un logement. D’après une enquête de la FAGE (Fédération des association générales étudiantes) sur le logement étudiant menée auprès de plus de 5 644 répondants au début de l’année 2026. La fédération a mit en exergue le montant d’un loyer moyen qui s’élève désormais à 491 euros par mois au niveau national, mais atteint 712 euros à Paris. Selon l’enquête, « cette dépense représente en moyenne 50% du budget mensuel des étudiants, ce qui constitue une part bien supérieure à celle observée dans le reste de la population française », ont écrit les rapporteurs.

La fédération a constaté qu’un écart est particulièrement marqué entre le parc social et le parc privée. Un logement au CROUS coûte en moyenne 332 euros alors que dans le privé le loyer est de 546 euros, soit une différence de 200 euros chaque mois. « Face au manque de place dans les résidences universitaires, nombreux sont contraint de se tourner vers le privé, subissant ainsi un surcoût significatif. Les conséquences sont immédiates sur le reste à vivre des étudiants. Après le paiement du loyer, 22,9% des étudiants disposent de moins de 100 euros pour vivre, 37,99% de moins de 150 euros et 52,19% de moins de 200 euros », a indiqué cette dernière.

Chez les étudiants boursiers, la situation est encore plus critique, car 61,09% vivent avec moins de 200 euros par mois une fois le loyer réglé. Cette pression financière oblige un étudiant sur deux à devoir travailler en parallèle de leurs études pour assurer leur loyer. Tandis que 78% déclarent dépendre de leur famille pour se loger.

L’Etat accentue un peu l’appauvrissement des étudiants

Faisant fi de cette réalité, le rapport veut récupérer 550 millions d’euros sur le dos des étudiants en brisant leur autonomie fiscale. Selon les projections des inspecteurs, cette mesure « conduirait à diminuer les APL perçues par 310 000 foyers, dont 200 000 en perdraient le bénéfice ».

L’exécutif veut ainsi « corriger les injustices » (SIC !) d’un système qui profiterait à « des familles aisées ». Pour l’Union étudiante, « ces mesures antisociales visent à asphyxier encore davantage les plus précaires ».

De fait, rattacher les APL aux ressources parentales impacterait directement les classes moyennes, et cela remet également en question l’existence des ruptures familiales et la volonté d’émancipation des jeunes. De son côté, l’UNEF dénonce un acharnement structurel contre la jeunesse et un démantèlement méthodique. Selon une étude du syndicat, elayée par Le Progrès, le budget mensuel nécessaire à un étudiant augmente de 1,66% en 2026. Sur une année, le budget mensuel atteint désormais 1 300 euros, soit 888 euros de dépenses supplémentaires sur un an.

L’UNEF a attesté que le coût de la vie étudiante avait progressé de 4,12% en 2025 et de 2,25% en 2024. Cette année, ce sont principalement le logement et les transports qui tirent les dépenses vers le haut. Pour le syndicat, saboter l’indépendance financière des étudiants représente « un non-sens », car les files d’attente aux banques alimentaires atteignent des records. Le syndicat fustige « un calcul de boutiquier qui va forcer des dizaines de milliers de jeunes au salariat précaire ou au décrochage scolaire direct, sous prétexte de vider les caisses de l’État social ».

Les étudiants étrangers premiers visés

Les étudiants étrangers hors Union européenne et non boursiers ont été les premiers à faire les frais de cette politique gouvernementale pour le moins scabreuse.

Par un décret d’application publié le 28 juin, l’État a décidé la suppression pure et simple des APL pour les étudiants étrangers extra-communautaires non-boursiers. Cette mesure discriminante et injuste concerne environ 320 000 étudiants extracommunautaires, qui sont éligibles aux bourses sur critères sociaux. Il s’agit donc de l’écrasante majorité des étudiants étrangers qui perdraient leurs droits aux APL, soit 200€ par mois en moyenne.

Les syndicats étudiants et la Fondation pour le logement sont fermement opposés à cette mesure, et ont déposé une contribution extérieure auprès du Conseil constitutionnel. Pour la fondation, cette exclusion arbitraire s’apparente à l’instauration d’une véritable « préférence nationale dans l’aide au logement ».

L’organisation a alerté sur les conséquences directes d’une telle mesure, la qualifiant de « véritable machine à fabriquer de la précarité extrême, qui va pousser des milliers de jeunes vers la rue ou vers des marchands de sommeil, mettant en danger leur santé et leur dignité ». Pour l’Union étudiante, « cette exclusion brutale sert de laboratoire idéologique. L’exécutif s’attaque d’abord aux droits des étudiants étrangers pour faciliter la généralisation des attaques contre les droits de tous ».

Une mobilisation prévue le 15 septembre

Face à ces économies sur le dos des plus précaires et de la classe moyenne, les syndicats étudiants et les associations du droit au logement ont apporté des alternatives concrètes comme l’encadrement strict des loyers du privé dans toutes les grandes villes universitaires, l’investissement massif dans le logement social étudiant pour construire au plus vite les 150 000 places Crous manquantes, la taxation des logements vacants ou encore la suppression des niches fiscales qui profitent aux plateformes de location de courte durée type Airbnb.

L’Union étudiante a aussi annoncé une mobilisation générale dès la rentrée universitaire en appelant l’ensemble de la jeunesse à « descendre dans la rue le 15 septembre » pour défendre l’université des droits et le droit à l’émancipation de toute une génération.

De son coté, le ministère de l’Économie a salué « un travail de grande qualité » de la part de l’IGAS et de l’IGF, en précisant que le rapport « n’engage que ses auteurs » et qu’il « ne préjuge pas des décisions qui seront prises par le gouvernement », au moment où l’exécutif doit préparer le projet de loi de finances pour 2027.

Une réponse à « 200 000 étudiants privés d’aide au logement dès 2027 »

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