La chaîne « Planète+ Crime » a diffusé dans son émission « Des crimes presque parfaits », l’épisode 6 de la saison 11 intitulé « Sitarane et Saint-Ange nuits rouges à La Réunion ».

Le documentaire, présenté par Tom Novembre, relate des crime commis dans de grandes propriétés. Dans le journal réunionnais « Le Peuple » du 29 mars 1909, une récompense de 1500 francs est offerte à la personne qui permettra d’arrêter les auteurs de l’assassinat de Hervé Deltel, commis quelques jours plus tôt à Saint-Pierre, lieu-dit les 400. Ce crime est le premier d’une longue série de meurtres sanglants a agité l’île de la Réunion au début du XXe siècle. Un groupe d’individu est suspecté : La bande à Sitarane.

Que s’est-il passé?

Depuis le début du XXe siècle, Sitarane occupe une place fondamentale dans la mémoire collective réunionnaise. La bande de Sitarane est composée du menuisier Emmanuel Fontaine et du tisaneur et sorcier Pierre-Élie Calendrin dit « Saint-Ange ». Une dizaine de complices gravitent autour des trois hommes, qui pillent les grandes maisons.

La légende débute lorsque les victimes de cambriolage assurent n’avoir rien entendu lors du pillage de leurs maisons, car ces derniers dormaient tous à poings fermés. Selon la légende, c’est la fameuse « poudre jaune« , soufflée par l’interstice de la porte, qui endort les occupants. Le secret de la recette de cette poudre a disparu, mais certains historiens estiment qu’il pourrait s’agir de datura, une plante hallucinogène puissante et très toxique.

Par la suite, l’imagination fait son œuvre, car la population assure que la bande possède des pouvoirs surnaturels. Siarane est considéré comme un soricer, sollicité par les gens pour différents maux. La légende raconte qu’il avait un pouvoir d’invisibilité, puisqu’on ne les voyait agir nulle part, alors qu’ils commettaient des crimes. Il avait aussi le don d’ubiquité, car ils étaient présents au même moment dans plusieurs villes éloignées de l’île. Très vite, tous les crimes commis sont mis sur le dos de la bande à Sitarane, car il aurait le don d’une puissance extraordinaire, avec la possibilité de tuer et d’entrer dans les maisons sans faire le moindre bruit.

Au début des années 1900, la population réunionnaise vit dans la terreur des buveurs de sang. La bande à Sitarane opère principalement dans le sud de l’île, à Saint-Pierre et au Tampon. Après une série de vols nocturnes, les crimes prennent un aspect plus sombre. Car la nuit tombée, la bande se donne rendez-vous loin des regards, attendant minuit pour les esprits et prendre conseil de ces derniers.

De son côté, Saint-Ange consulte les tarots pour connaître l’avenir et notamment comment aller se dérouler leurs plans. Selon la légende, la bande égorge un coq noir pour en boire le sang et s’assurer ainsi la protection du démon. Il est dit qu’ils buvaient aussi le sang de leurs victimes, le « sirop le mort », afin de se rendre invisibles.

Selon la légende et les récits de l’époque, cette mixture épaisse était préparée par le complice et sorcier du groupe, Pierre-Élie Calendrin (dit Saint-Ange). Elle contenait notamment de l’eau bénite, du miel, du bois râpé et du sang de cabri noir. Ils buvaient ce breuvage par trois fois lors d’un rite initiatique pour sceller leur pacte de sang.

Après des dizaines d’intrusions et cambriolages, Sitarane et sa bande commencent à tuer. En janvier 1909, à la Plaine-des-Cafres, les dames Féront sont brûlées vives dans leurs maisons cambriolées.

En mars 1909, Hervé Deltel est tué dans son sommeil d’un coup de couteau. Cinq mois plus tard, les époux Robert sont assassinés à Saint Pierre dans les mêmes circonstances, provoquant de la terreur chez les Réunionnais.

19 octobre 1910 – Le Peuple Journal

Une chasse à l’homme est engagée pour arrêter les assassins. Car, le soir du meurtre de Deltel, la bande à Sitarane commet des erreurs en abandonnant sur place les outils qui leur servaient à forer des trous dans la porte pour souffler leur fameuse poudre jaune.

L’officier de gendarmerie de l’époque lance un appel à témoin auprès de la population pour demander l’identification des outils qu’il a en sa possession. Il apparait alors que le vilebrequin et les forets appartiennent à un menuisier du Tampon. Emmanuel Fontaine est arrêté. Il indique aux autorités le repaire de la bande, une grotte située à La Chatoire au Tampon. Quatorze personnes logeaient sur place et sont arrêtées. L’enquête révèle que les trois brigands avaient bu le sang de leurs victimes et en avaient recueilli pour servir aux pratiques occultes de Saint-Ange.

Lors du premier procès, Pierre-Élie Calendrin dit « Saint-Ange » nie tout en bloc au cours du procès et se voit condamner aux travaux forcés à perpétuité, au bagne de Cayenne en Guyanne, où il meurt un an avant la fermeture de la prison. Certains attestent qu’il aurait sué de sa magie pour pouvoir bénéficier de la grace présidentielle.

Alors que Sitarane et Emmanuel Fontaine sont condamnés à mort. Ils ont été transférés à la prison de Cayenne à Saint-Pierre et guillotinés le 20 juin 1911. Juste avant d’être exécuté, Sitarane a demandé à être baptisé. Il le sera une demi heure avant d’être guillotinée par « La Veuve« . Enterré dans le cimetière marin de Saint-Pierre en 1911, sa tombe fait l’objet de rites et d’un culte particulier. Bougies, fleurs, nourritures, cigarettes et bouteilles de rhum sont déposées comme offrandes pour faire appel à ses pouvoirs.

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