Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté en séance plénière son avis intitulé « Inégalités de genre, crise climatique, et transition écologique », en mars 2023.
Cet avis a été rapporté par Antoine Gatet (Groupe environnement et nature) et Aminata Niakaté (Groupe artisanat et professions libérales) au nom de la Délégation aux droits des Femmes et à l’égalité, présidée par Agathe Hamel (Groupe des Organisations étudiantes et des mouvements de jeunesse). Il a été présenté lors de l’assemblée plénière du 14 mars 2023.
L’avis « Inégalités de genre, crise climatique, et transition écologique » a été adopté à l’unanimité avec 121 voix pour.
Contribution de la délégation aux Outre-mer 5 rapportée par M. Alain ANDRE
Présents sur trois océans, les Outremer sont des territoires très divers géographiquement, historiquement et culturellement. Déjà perceptibles, les impacts du changement climatique vont s’accentuer dans les années à venir et nécessitent d’anticiper les risques émergents, de mettre en œuvre des stratégies d’atténuation, de limiter l’exposition des populations et ses conséquences, et de mettre en œuvre des actions qui participeront à la transition écologique. Les études du GIEC prévoient une élévation de la température et du niveau des océans mais aussi des événements climatiques extrêmes plus fréquents dans les zones intertropicales où sont situés la plupart de nos territoires ultramarins (1).
La question de l’impact différencié de la crise climatique sur les femmes et sur les hommes est encore peu documentée. Elle mérite particulièrement d’être posée car les Outre-mer présentent des situations très contrastées pour lesquelles des réponses particulières et adaptées, prenant en compte la diversité des populations ainsi que leur mode de vie, devront être apportées. Cette contribution de la délégation aux Outre-mer aux travaux de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité, cherche à ouvrir des pistes plus qu’elle ne peut aujourd’hui apporter de réponses définitives.
Sans qu’il soit possible d’établir un tableau exhaustif dans le cadre de cette contribution, la délégation tient à souligner quelques traits saillants recueillis notamment auprès des personnes auditionnées : chercheuses, responsables associatives ou déléguées aux droits des femmes et à l’égalité (2).
Pour la délégation aux Outre-mer, une étude globale de la situation des femmes, qui croise une approche socioéconomique et environnementale, devra être menée sur chacun des territoires, sous la responsabilité des déléguées aux droits des femmes et à l’égalité.
- La première cause de vulnérabilité est liée à la situation économique des femmes en Outre-mer
On ne peut évoquer la lutte cone le changement climatique sans rappeler au préalable que les femmes sont souvent plus vulnérables économiquement et subissent des conséquences potentiellement plus graves des crises environnementales.
Dans la plupart des territoires, les inégalités économiques liées au genre sont ancrées. En effet, le chômage et le sous-emploi sont plus élevés pour les femmes. La composition familiale, la parentalité précoce et l’inégale répartition des tâches domestiques sont autant de facteurs d’inégalité qui contribuent à éloigner les femmes de l’emploi. Ainsi, seules 43 % des Réunionnaises en âge de travailler occupent effectivement un emploi en 2019, contre 51 % des Réunionnais et 63 % dans l’Hexagone. Elles exercent davantage dans certains métiers qui seront les plus exposés au changement climatique : les métiers agricoles (par exemple 52 % des emplois agricoles en Guyane sont occupés par des femmes, mais ce chiffre est en diminution), domestiques et du soin à la personne, ou du commerce.
Les femmes sont aussi plus souvent susceptibles d’évoluer dans l’économie informelle, source de vulnérabilité comme l’a montré la crise sanitaire car elles n’ont pu accéder aux aides de l’État. Elles vivent d’activités procurant de petits revenus (agriculture, artisanat, pêche). Elles sont aussi plus précaires.
En Martinique, elles représentent 75 % des bas salaires et 80 % des emplois à temps partiel. Même dans les territoires où il y a un nombre important de femmes cadres, comme en Martinique, il y en a très peu aux postes stratégiques de décision, y compris ceux concernant l’environnement. Par exemple, 9 % des Réunionnaises en emploi sont des entrepreneures contre 18 % des Réunionnais. Même si l’on se rapproche de l’objectif de 40 % de femmes entrepreneures fixé en 2013, avec 37 % en 2018, des disparités importantes subsistent. Par ailleurs, les femmes demeurent insuffisamment représentées dans les instances politiques locales.
- Des inégalités sociales marquées
Les inégalités socio-économiques sont accentuées par la grande proportion de foyers monoparentaux gérés par des femmes (3). Ces foyers monoparentaux se caractérisent par le jeune âge des femmes qui les gèrent et le fait qu’elles aient à charge aussi bien les descendants (enfants) que les ascendants (parents, grands-parents). La plupart des foyers monoparentaux vivent en situation de précarité voire de pauvreté. Cette situation est aggravée par leurs conditions de logement, souvent trop petits, vétustes voire indignes.
La surpopulation des quartiers d’habitat informel est un facteur de risques : comment ces habitations précaires résisteront-elles aux cyclones, pluies diluviennes et aux vagues de chaleur qui risquent de s’accroître ? La délégation a également alerté quant aux risques que fait peser la pénurie d’eau et ses conséquences sanitaires : trafics, violences, insalubrité de l’eau consommée (4). Ces dangers pèsent encore plus sur les femmes du fait de leur rôle dans le foyer. Une forte proportion d’entre-elles est en situation irrégulière, en particulier à Mayotte et en Guyane, ce qui rend difficile leur accès à l’éducation, à l’emploi ou à la formation.
Les stéréotypes sexistes et les violences envers les femmes sont de plus en plus souvent dénoncés. L’accès des femmes aux postes et instances de décision participe à la déconstruction des stéréotypes de genre et favorise l’affranchissement des structures sociales historiques.
Les violences faites aux femmes restent très élevées, pouvant aller sur certains territoires jusqu’à neuf fois supérieures à ce que l’on observe dans l’Hexagone (5). À La Réunion, par exemple, ce sont aujourd’hui plus de sept femmes qui déposent plainte chaque jour pour violences conjugales, contre quatre en 2015. A cet égard, le CESE a adopté en 2017 un avis Combattre les violences faites aux femmes dans les Outre-mer, rapporté par Mme Ernestine Ronai et M. Dominique Rivière (6).
Dans la plupart des territoires, il commence à y avoir de plus en plus de femmes formées qui occupent des postes à responsabilité.
La délégation tient à souligner l’apport primordial que constitue la nomination dans chaque territoire ultramarin d’un ou d’une déléguée aux droits des femmes et à l’égalité. Cette avancée majeure a permis une meilleure coordination des pouvoirs publics et de la société civile pour davantage d’égalité femme-homme et un renforcement de la lutte contre les violences liées au genre.
- Les impacts du changement climatique et des dégradations environnementales
L’insularité et/ou la géographie tropicale de la plupart des territoires ultramarins, les rendent particulièrement exposés au changement climatique. Celui-ci affecte différemment les territoires : il est déjà visible aux Antilles qui connaît des cyclones, dont certains extrêmement violents (Irma, Fiona), l’érosion des côtes et la réduction de ses plages. La montée des eaux met déjà certaines habitations en danger. Les victimes les plus exposées sont celles qui vivent dans des habitats précaires ou en bord de côte.
S’il est établi que les femmes sont plus touchées par la précarité, les données et statistiques genrées relatives à l’impact du changement climatique sur les populations demeurent insuffisantes.
Sur les territoires où ils sont présents, du fait de leurs moyens de subsistance et de leur mode de vie traditionnel, les peuples autochtones sont particulièrement touchés (7). Ils sont exposés aux intempéries et aux sécheresses. Les inondations rendent très vulnérables les populations des villages pratiquant des cultures traditionnelles en abattis. Les sécheresses ont des répercussions sur les pratiques halieutiques et les cultures maraîchères, le manque de rendement et l’impératif de diversifier leurs revenus mettent les ménages dirigés par les femmes sous tension.
Les routes et villages inondés coupent ces populations du monde et les rendent très vulnérables sans possibilité d’hébergement, de ravitaillement ou d’accès aux soins. Enfin, le changement climatique impacte les productions issues des cultures vivrières qui représentent un complément indispensable pour ces populations.
Le réchauffement des océans menace les récifs coralliens et les mangroves qui représentent une barrière naturelle protégeant les côtes de l’érosion et des submersions. Elles sont un rempart contre l’intrusion de l’eau de mer qui salinise les nappes souterraines et les eaux de surface. En Nouvelle Calédonie, de nombreuses populations autochtones vivent le long de la côte Est, déjà sujette à une forte érosion ainsi qu’à des glissements de terrains. La destruction de maisons a déjà conduit à des déplacements de population.
S’ajoutent les conséquences de pollutions environnementales d’ampleur qu’ont subi ces territoires.
Le chlordécone : Entre 1972 et 1993, le chlordécone, pourtant reconnu comme cancérogène dangereux par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 1979, a été utilisé aux Antilles comme produit phytosanitaire dans les bananeraies. Les conséquences ont été terribles, surtout pour les femmes, chargées de l’épandage des produits sans équipements de protection adéquats, ainsi que pour les hommes assurant le transport des productions. La molécule, qui se répand partout dans les sols et dans le corps humain, est présente pour sept siècles dans l’environnement. On estime que 90 % des habitants de Guadeloupe et Martinique sont contaminés par voie alimentaire.
La pollution au chlordécone a des conséquences délétères sur la santé des femmes. Il s’agit en particulier de conséquences cardiotoxiques : l’insuffisance cardiaque est la première cause de mortalité et de comorbidité en Martinique et Guadeloupe8. Les femmes ont en outre des problèmes métaboliques (obésité, hypertension) (9) qui se cumulent. En Martinique, les taux de cancers des ovaires et du sein sont anormalement élevés y compris chez des femmes jeunes, et l’endométriose est répandue (10). Alors que les effets sur la possibilité d’enfanter est prouvée (11), la seule maladie professionnelle reconnue à ce jour est le cancer de la prostate (12). Madame Josiane Jos Pelage, pédiatre et présidente de l’association médicale de sauvegarde de l’environnement et de la santé, dénonce depuis des années un manque d’accompagnement médical à la hauteur, notamment en ce qui concerne les femmes enceintes et les dépistages du cancer du sein (13).
La délégation aux Outre-mer préconise la reconnaissance en tant que maladie professionnelle, de toutes les affections résultant de l’exposition au chlordécone, en particulier les cancers du sein, de l’utérus et les pathologies développées lors de la grossesse. Une campagne de prévention et de dépistage doit être menée en direction de l’ensemble de la population, en particulier chez les femmes. Une vigilance particulière devra être apportée à tous les cancers affectant les femmes.
Les sargasses : les riverains des littoraux des Antilles sont exposés à la présence d’algues brunes, les sargasses, relâchant des gaz nauséabonds et toxiques lors de leur décomposition, pendant une période allant de janvier-février à juillet-août, avec des épisodes de plus en plus longs et intenses. L’élévation de la température des océans, le relargage massif de nutriments en mer qui sous l’effet de la photosynthèse se transforment, ou encore la déforestation de la forêt amazonienne, semblent expliquer la prolifération des sargasses.
Les effets sanitaires sont nombreux : céphalées, éruptions cutanées, conjonctivite, troubles digestifs, vertiges, toux, rhinorrhées. Les effets à long terme ne sont pas connus. Les incidences sur la santé dépendent de la constitution physique des personnes ainsi que les possibilités de mobilité qu’elles possèdent. Les personnes impactées sont souvent âgées, isolées, ayant une mobilité réduite. A l’intérieur des habitations, elles sont exposées à l’hydrogène sulfuré et l’ammoniaque issus de leur décomposition, dont les effets après exposition s’avèrent souvent chroniques. Cette situation affecte leur vie sociale et conduit à des situations d’exclusion.
Ce problème est révélateur d’inégalités sociales face au phénomène des sargasses. Les communes les plus atteintes sont celles où habitent les personnes les plus modestes qui sont contraintes de rester sur place par manque de moyens et de mobilité, alors que les personnes plus aisées partent pendant la saison des sargasses. Vient s’ajouter un problème de précarité foncière : les droits d’occupation des logements littoraux ne sont souvent pas au nom des occupants et les personnes craignent de quitter leur domicile. Les occupants sans titres, notamment dans le cadre d’un habitat informel, sont sous la menace constante d’une expulsion. La pollution au mercure : en Guyane, les villages implantés sur les fleuves dépendent de l’agriculture et de la pêche traditionnelle. La pollution due à l’orpaillage illégal ainsi qu’aux déchets déversés dans l’eau, contamine la chaîne alimentaire et conduit à des effets neurologiques et des risques pour les grossesses. Cette pollution peut aussi venir des pays frontaliers (Brésil et Surinam) qui n’observent pas les mêmes normes environnementales.
En Polynésie française, les conséquences des 193 essais nucléaires menés par la France pendant 30 ans restent encore sous-évaluées alors que ni les travailleurs, ni les populations n’ont été informés de leur exposition aux radiations. Chargé par le ministère de la Défense de dresser un rapport sur les conséquences sanitaires sur les populations de Polynésie, l’INSERM relève que le taux de cancer est plus élevé chez les femmes, « particulièrement le cancer de la thyroïde (incidence la plus élevée au monde entre 1998 et 2002), de l’utérus et certaines formes de leucémie ».
- Des stratégies de réponse au niveau local
Pour faire face à ces situations, de nombreuses initiatives sont mises en place par des femmes au niveau individuel ou associatif, ainsi que par les collectivités. Dans de nombreux cas, les femmes ne se regroupent pas au nom de la protection de la nature alors qu’elles développent des formes d’écoresponsabilité sans le formuler ou le revendiquer. Cependant, ces stratégies d’adaptation se révèlent efficaces dans l’adaptation au changement climatique et augmentent la résilience. Elles sont essentiellement informelles et ne sont pas toujours suffisamment portées politiquement, en partie du fait d’un manque de représentation des femmes dans les instances décisionnelles locales, y compris environnementales. La plupart des auditionnées ont cité des exemples de projets innovants portés par des femmes, mais qui restent souvent peu connus.
La délégation a choisi de citer quelques exemples d’initiatives émanant de groupes ou d’associations de femmes qui lui ont été rapportés, concernant les secteurs de la solidarité, l’agriculture, l’autonomie alimentaire, l’entretien des forêts, la santé, l’énergie.
SOLIDARITÉ
Les femmes jouent un rôle prépondérant dans les initiatives portées par l’économie sociale et solidaire. En Outre-mer, l’ESS offre des moyens d’accompagner le secteur informel vers le marché, afin de créer des emplois pérennes qui contribuent à la résilience.
En Guyane, l’association Graine Guyane accompagne de nombreuses porteuses de projets. Elle organise un festival des alternatives locales, Alternayana qui fédère des projets écoresponsables. Y participent beaucoup de femmes dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection environnementale et de l’alimentation.
A Mayotte, l’association Nayma, créée et présidée par des femmes, emploie, dans le cadre de chantiers d’insertion, plus de 200 personnes majeures précaires et/ou éloignées du marché du travail. Elles permettent de ramasser près de 20 tonnes de déchets chaque semaine. Ceux-ci sont ensuite injectés dans les filières de tri ou de valorisation compétentes, selon s’il s’agit de déchets recyclables, non recyclables, de batteries, de pneus ou d’encombrants.
En Guyane, il existe de nombreuses activités d’ESS, notamment en recyclerie. Il y a en particulier deux projets portés par des femmes sur le littoral : « Symbioz » qui propose des actions de réemploi et gère une ferme urbaine14 ainsi que la recyclerie solidaire « Ne plus jeter » (15).
AGRICULTURE, AUTONOMIE ALIMENTAIRE, REBOISEMENT
Le jardin créole est un lieu issu des savoirs traditionnels locaux, résilient, réparateur des sols, nourricier avec un usage de l’eau intelligent.
En Martinique : l’association « Les Jardins de Gaïac » est dédiée à la replantation d’arbres, l’agroforesterie et la transition agricole, ainsi qu’à l’autoconstruction et l’usage encadré de plantes médicinales. Elle organise des formations pour une agriculture alternative, consommer autrement, vers l’autosuffisance alimentaire et l’amélioration des espaces de vie.
A La Réunion : l’association féminine pour le développement agricole réunionnais (16) a été créée pour la promotion des compétences des femmes, le développement de l’agrotourisme, la participation des femmes aux institutions, la lutte contre les discriminations et l’amélioration des conditions de travail.
En Nouvelle Calédonie, une expérience originale, menée par des femmes, consiste en la création de pépinières pour le reboisement afin de faire face à l’érosion (littoral, anciennes mines) et aux incendies de plus en plus nombreux. Ce projet a été pensé et mis en œuvre par Mme Christine Pöllabauer, directrice de l’association environnementale Mocamana.
En Guyane, le réseau « Les Savoirs de la Forêt » (17) est une association de valorisation des savoir-faire traditionnels qui permet de soutenir des initiatives de femmes autochtones. Le fait d’être un
réseau leur permet de créer du lien entre
les différentes régions.
ÉNERGIE
A Mayotte, « Les Femmes solaires » est un projet proposé avec l’ONG indienne Barefoot College International, qui propose aux femmes trois mois de formation pour devenir technicienne dans l’énergie solaire. Ce projet a démarré grâce à une personne très impliquée dans une collectivité qui a noué un contact avec cette ONG (18).
PROTECTION CONTRE LES ÉVÉNEMENTS CLIMATIQUES EXTRÊMES
En Martinique, l’association Culture Egalité propose d’organiser des ateliers de quartier pour apprendre à consolider les maisons en cas d’ouragan. Les mises en place de groupes de femmes se réunissant pour s’entraider, apprendre les unes des autres, permettent d’améliorer un quotidien difficile. La sororité est au cœur des projets de Culture Egalité.
A Wallis et Futuna, une association des Femmes de Malaé, village situé à l’intérieur des terres, a inventé le concept de « village hôte » en vue d’accueillir les populations déplacées à la suite de la montée des eaux.
C’est notamment pour mieux accompagner ce type d’initiatives que le CESE a mis en avant dans son Avis de suite-Plan de relance et déclinaison territoriale dans les Outre-mer son souhait d’un soutien fort aux associations, notamment par un financement intégral des petits projets, ou des avances conséquentes de trésorerie sur les projets les plus importants. Cette recommandation est encore plus importante pour des projets portés par des femmes pour réduire les inégalités de genre et lutter contre les effets de la crise climatique.
La situation des femmes en Outre-mer, en lien avec le changement climatique et les politiques de transition écologique, n’est que très rarement abordée en termes d’inégalités de genre. Il n’existe pas de politiques publiques spécifiques, ni de données statistiques.
Pourtant, dans tous les territoires, des projets ou initiatives portés par des femmes jouent un rôle moteur dans la transmission du savoir-faire et des valeurs mais leur expertise de terrain reste souvent invisible et n’est pas suffisamment valorisée. Il y aurait toutefois beaucoup à apprendre des écogestes et des stratégies d’économies de ressources qu’elles mettent en place.
Les Outre-mer disposent donc d’un réel potentiel de développement d’initiatives, qui doit être accompagné, comme dans l’ensemble des territoires, par la mise en œuvre de politiques publiques de contrôle, d’incitation et d’infléchissement des activités pour une transition écologique juste socialement – et donc genrée. Les femmes développent des modèles très adaptés à la transition écologique. Dans les circuits de l’économie sociale et solidaire, il y a la conviction que les solutions mises en place par les femmes vont entraîner l’ensemble de la société. L’entrepreneuriat au féminin ou encore la meilleure représentation des femmes dans les instances de décision pourront permettre de transformer les sujets de la transition écologique, faire bouger les lignes et transmettre aux générations futures de nouvelles dynamiques de sensibilisation et d’éducation à l’environnement.
NOTES
3. Ils représentent 20 % des foyers à Mayotte, ou 40 % de ces foyers sont en dessous du seuil de pauvreté en Martinique. En 2013, les femmes seules avec enfant représentaient 11,9 % des ménages au niveau national.
4. Mme Michèle Chay et Mme Sarah Mouhoussoune ont rapporté un avis du CESE sur La gestion de l’eau et de l’assainissement dans les Outre-mer, octobre 2022.
5. Combattre les violences faites aux femmes dans les Outre-mer, rapport et avis du CESE, rapporté par D. Rivière et E. Ronai 29 mars 2017
6. Cet avis a été un travail commun de la délégation aux Outre-mer mené conjointement avec la délégatio aux droits des femmes et à l’égalité du CESE.
7. Les populations françaises dites « autochtones » qui vivent Outre-mer sont présentes en Amérique du Sud (Guyane), en Océanie (Nouvelle-Calédonie, Polynésie Française et Wallis et Futuna) et dans l’Océan Indien (Mayotte). Alors qu’en Guyane, les Amérindiens ne représentent 5 % de la population, en Nouvelle-Calédonie, les Kanak représentent un peu moins de 50 % de la population, à Wallis et Futuna, à Mayotte et en Polynésie française les populations autochtones sont majoritaires dans la population locale. 4ème rapport sur la mise en œuvre du Pidesc, France, 2013 Para.1.
8. Voir à titre d’exemple l’étude publiée en 2014 dans la revue «American Journal of Epidemiology» par les chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur les risques pour les femmes enceintes.
9. Hypertension artérielle gravidique, diabète gestationnel, infections urinaires, asthme, lupus. L’étude Timoun est une recherche biomédicale menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm et les Services de GynécologieObstétrique et de Pédiatrie du CHU de Pointe-à-Pitre. Voir notamment : Communiqué de presse de l’INSERM du 17 septembre 2012 sur l’Impact de l’exposition au chlordécone sur le développement des nourrissons. Dans un article publié dans la revue Environnemental Research, des chercheurs de l’Inserm ont cherché à savoir si l’exposition au chlordécone avait un impact sur le développement cognitif, visuel et moteur de très jeunes enfants. 1042 femmes ont été suivies pendant et après leur grossesse et 153 nourrissons ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. Les résultats de cette étude montrent que l’exposition pré ou post-natale au chlordécone est associée à des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.
10. Voir l’avis du CESE sur Les maladies chroniques, par Anne Gautier et Michel Chassang, au nom de la section des affaires sociales et de la santé, de 2019, et l’avis d’Isabelle Doresse et d’Agnès Popelin-Desplanches, Pour une politique publique nationale de santé-environnement au cœur des territoires, mai 2022.
11. Le chlordécone a des conséquences non-négligeables sur le bon déroulé de la grossesse : diminution de la période de gestation et augmentation du risque de naissance prématurée, mais aussi l’augmentation des risques de développer des pathologies durant la grossesse selon la cohorte mère enfant Timoun. Par ailleurs, la présence de chlordécone a été détectée dans le sang de 90 % des femmes enquêtées et elle a été repérée dans le lait maternel 72 heures après accouchement de 40 % des enquêtées de l’étude Hibiscus.
12. Contrairement aux hommes dont le cancer de la prostate dû à la contamination au chlordécone a été reconnu, les femmes ne perçoivent pas d’indemnisations. En effet, le décret n° 2021-1724 du 20 décembre 2021 reconnaît le seul cancer de la prostate comme maladie professionnelle en lien avec l’exposition au chlordécone ce qui ouvre des droits à prise en charge et indemnisation. Les pathologies touchant les femmes ne sont pas reconnues comme maladies professionnelles créant ainsi une discrimination envers notamment les ouvrières agricoles qui s’occupent de l’épandage et du nettoyage des parcelles.
13. Voir : l’article « Dr Josiane Jos Pelage (Amses) : « On continue à manger des produits contaminés », France-Antilles Martinique, 10 avril 2021.
14. https://graineguyane.org/annuaire/symbioz-recyclerie-ferme-urbaine/
17. https://savoirsdelaforet.org/
18 https://lejournaldemayotte.yt/2022/06/15/a-koungou-le-photovoltaique-est-aussi-une-energie-sociale/















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