Le groupe des experts du climat (Giec) n’est pas parvenu à trouver un accord sur le calendrier de publication de son prochain grand rapport, après plusieurs jours de discussions tendues entre pays.

« La 65e session plénière du Giec vient de s’achever sans qu’un accord ait été trouvé sur le calendrier de publication du prochain rapport d’évaluation », a déploré auprès de l’Agence France Presse, l’ambassadeur français chargé des négociations climatiques, Benoît Faraco.

Présent à Addis-Abeba où se tenaient les discussions, il a indiqué dans un post publié sur LinkedIn qu’« après une semaine de discussions ardues, une large coalition de pays développés et en développement, issus des cinq continents et unis dans leur soutien à la science et au calendrier proposé par les scientifiques, a réussi à résister aux pressions exercées par quelques pays cherchant à ralentir le processus d’adoption de ces rapports ».

Pour autant, « les éléments clés de l’ordre du jour » de cette session – le calendrier et le budget – « restent ouverts et en discussion », a indiqué le Giec dans un communiqué soulignant que cette 65e session « reprendra dès que possible ».

Les experts du Giec, qui travaillent sous l’égide de l’ONU, publient des rapports d’évaluation tous les cinq à sept ans, servant d’état des lieux de référence de la science climatique. Ils préparent actuellement une septième mouture mais le calendrier de publication de ce prochain rapport divise les pays.

Les co-présidents des groupes de travail ont proposé qu’il soit finalisé pour la fin de l’année 2028. « Le 7e rapport d’évaluation du GIEC (connu sous le nom d’AR7) jouera un rôle crucial dans l’élaboration des prochains engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, en 2028 et 2030 », a indiqué l’ambassadeur français. Selon lui, « cette impasse n’est pas nouvelle ; elle risque de nous faire perdre un temps précieux dans notre réponse au changement climatique ».

Certains pays souhaitent que le rapport soit publié d’ici 2028 pour pouvoir informer la COP33 de l’ONU, qui devrait rendre public le second « bilan mondial » des efforts climatiques réalisés depuis l’Accord de Paris de 2015.

Les décideurs politiques disposeraient ainsi de meilleures informations pour prendre des mesures ambitieuses, selon les scientifiques. Cependant, certains pays tels que l’Inde, l’Arabie saoudite ou la Chine veulent que le rapport soit publié en 2029. Car selon eux, il faut intégrer de nouvelles données scientifiques et travaux de chercheurs issus de pays en développement.

« Il est inadmissible qu’une poignée de pays continuent de retarder la publication des rapports du Giec — la science dont nous avons besoin chez nous pour nous aider à sauver des vies et nos moyens de subsistance », a dénoncé Tina Stege, représentante des îles Marshall.

Pour le climatologue Robert Vautard, présent à Addis-Abeba, « la plénière du GIEC s’est terminée sur une absence de décision particulièrement sur le budget 2027. Le Giec est donc en état de crise! »

Pour les adeptes de 2028, « dissocier le cycle politique des Nations Unies des données scientifiques fournies par le Giec compromettrait l’effort mondial de lutte contre la crise climatique et affaiblirait la coopération internationale », ont souligné les ministres du Canada, Chili, France, Mexique, Sierra Leone ou encore du Vanuatu dans une déclaration signée le 9 octobre par 35 pays.

« Face à l’intensification des impacts du changement climatique, il est urgent de disposer des données scientifiques les plus récentes, pour que nous puissions réduire les émissions (de gaz à effet de serre) plus efficacement et mieux préparer nos stratégies d’adaptation, » a ajouté l’ambassadeur français.

Le Réseau Action Climat (RAC) s’est dit « profondément déçu » car « les parties disposaient de suffisamment de temps pour trouver un accord », a indiqué à l’APF, Shreeshan Venkatesh, responsable du réseau d’ONG, présent sur place. « Reconvoquer une session dès que possible est essentiel », a-t-il ajouté.

De son côté, le président du Giec, Jim Skea, a indiqué que la majeure partie de l’ordre du jour avait été traitée, dont un accord sur un nouveau processus visant à garantir une utilisation appropriée de l’Intelligence Artificielle (IA).

Cependant, « nous ne sommes pas encore parvenus à un consensus sur deux points importants : le calendrier des contributions des trois groupes de travail au septième rapport d’évaluation (AR7) et le budget du GIEC nécessaire à nos travaux ».

Ce dernier a indiqué qu’il allait convoquer « de nouveau cette session plénière dès que possible, afin que le groupe puisse mener ses travaux à leur terme », a-t-il annoncé.

« L’absence de consensus, non seulement sur le calendrier, mais aussi sur les mesures d’inclusivité proposées et sur le budget (…) constitue un signal plus qu’alarmant », a jugé la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, dans un communiqué, soulignant que « la science ne doit pas être la variable d’ajustement des négociations climatiques ».

Jim Skea a souligné dans son communiqué qu’en raison du dépassement du programme prévu lors de la réunion d’Addis-Abeba, de nombreux pays, notamment les plus petits et particulièrement vulnérables au dérèglement climatique,ont dquitté les lieux.

Ce dernier a indiqué qu’une participation complète des Etats est indispensable pour garantir que les évaluations climatiques mondiales soient « robustes, représentatives et adaptées aux besoins de tous les pays ».

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